Suchbegriff: hieron_ii
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De si promts succès les portérent à s'approcher de Syracuse, dans le dessein d'en former le siége. Hiéron, qui se défioit de ses forces & de celles des Carthaginois, & qui comptoit encore moins sur leur bonne foi; qui d'ailleurs se sentoit un secret panchant pour les Romains, sur l'estime qui s'établissoit généralement de leur probité & de leur justice, députa vers les Consuls pour traiter de paix. L'accommodement fut bientôt conclu. Il étoit trop desiré de part & d'autre, pour traîner en longueur. Les conditions du Traité furent: „Qu'Hiéron restitueroit aux Romains les places qu'il auroit prises sur eux, ou sur leurs Alliés; qu'il leur rendroit sans rançon les prisonniers qu'il auroit faits;Cent milleécus.qu'il leur payeroit cent talens d'argent pour les frais de la guerre; qu'il demeureroit paisible possesseur de Syracuse, & des villes qui en dépendoient.“ .{!D} Les principales étoient Acres, Léontium, Mégare, Nétines, Tauroménium. Le Traité

* Taormina, sur la côte orientale de la Sicile. Catane. Ibid.

M. Valer. M. Otacil. Cons. fut bientôt après ratifié à Rome. Il n'éAn. R.489.Av. J. C.263.toit que pour quinze ans: mais l'estime mutuelle, & les bons services rendus de part & d'autre, le rendirent perpétuel. Les Romains n'eurent point d'allié plus fidéle ni d'ami plus constant que ce Prince. Ce fut pour eux un coup de partie de l'avoir détaché du parti de Carthage. Il leur fut d'une utilité infinie, sur-tout par raport aux vivres, dont le transport leur étoit très difficile auparavant; parce que les Carthaginois étoient maitres de la mer, ce qui avoit causé aux Romains beaucoup d'incommodités l'année précédente.


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De si promts succès les portérent à s'approcher de Syracuse, dans le dessein d'en former le siége. Hiéron, qui se défioit de ses forces & de celles des Carthaginois, & qui comptoit encore moins sur leur bonne foi; qui d'ailleurs se sentoit un secret panchant pour les Romains, sur l'estime qui s'établissoit généralement de leur probité & de leur justice, députa vers les Consuls pour traiter de paix. L'accommodement fut bientôt conclu. Il étoit trop desiré de part & d'autre, pour traîner en longueur. Les conditions du Traité furent: „Qu'Hiéron restitueroit aux Romains les places qu'il auroit prises sur eux, ou sur leurs Alliés; qu'il leur rendroit sans rançon les prisonniers qu'il auroit faits;Cent milleécus.qu'il leur payeroit cent talens d'argent pour les frais de la guerre; qu'il demeureroit paisible possesseur de Syracuse, & des villes qui en dépendoient.“ .{!D} Les principales étoient Acres, Léontium, Mégare, Nétines, Tauroménium. Le Traité

* Taormina, sur la côte orientale de la Sicile. Catane. Ibid.

M. Valer. M. Otacil. Cons. fut bientôt après ratifié à Rome. Il n'éAn. R.489.Av. J. C.263.toit que pour quinze ans: mais l'estime mutuelle, & les bons services rendus de part & d'autre, le rendirent perpétuel. Les Romains n'eurent point d'allié plus fidéle ni d'ami plus constant que ce Prince. Ce fut pour eux un coup de partie de l'avoir détaché du parti de Carthage. Il leur fut d'une utilité infinie, sur-tout par raport aux vivres, dont le transport leur étoit très difficile auparavant; parce que les Carthaginois étoient maitres de la mer, ce qui avoit causé aux Romains beaucoup d'incommodités l'année précédente.


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Le Général Carthaginois, qui venoit avec une Flotte au secours de Syracuse qu'il comptoit être assiégée, aiant reçu la nou velle du Traité conclu entre Hiéron & les Romains, s'en retourna plus promtement qu'il n'étoit venu. Les forces des deux nouveaux Alliés étant unies ensemble, soumirent un grand nombre de villes des Carthaginois.


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L'hiver approchant, les Consuls, après avoir laissé des garnisons suffisantes dans les places, retournérent à Rome avec le reste des troupes. M. Valérius, qui s'étoit distingué d'une maniére particuliére dans cette campagne, reçut l'honneur du triomphe. On y porta une Horloge, ou Cadran Solaire, objet nouveau pour les Romains, qui jusques-là n'avoient distingué les heures, que comme font nos paysans à la campagne, par les différentes hauteurs du Soleil. Le Cadran étoit horisontal, & venoit de Catane. Valére le déposa depuis sur un pié-d'estal, près de la Tribune aux Harangues. Il fit placer aussi au côté de la sale Hostilia un Tableau, où étoit peint le com bat qu'il avoit donné contre Hiéron & les Carthaginois, ce qui n'avoit point encore été pratiqué, & qui le fut depuis fort communément. Il (a) eut le surnom de Messala pour avoir délivré de danger la ville de Messine, qui apparemment, depuis le départ d'Appius Claudius, avoit été attaquée

(a) Primus ex familia Valeriorum urbis Messanæ captæ in se translato nomine Messana appellatus est, paulatimque vulgo permutante literas, Messala dictus est. Senec. de Brevit. Vit. cap. 13.

M. Valer. M. Otacil. Cons. de nouveau par les Carthaginois & par HiéAn R.489.Av. J. C.263.ron. Il fut d'abord appellé Messana, puis ce nom se changea insensiblement en celui de Messala. C'est sans doute par inadDe Brevit.Vit. 13.vertance, que Senéque a dit que ce fut la prise de Messine qui lui donna ce surnom.


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L'hiver approchant, les Consuls, après avoir laissé des garnisons suffisantes dans les places, retournérent à Rome avec le reste des troupes. M. Valérius, qui s'étoit distingué d'une maniére particuliére dans cette campagne, reçut l'honneur du triomphe. On y porta une Horloge, ou Cadran Solaire, objet nouveau pour les Romains, qui jusques-là n'avoient distingué les heures, que comme font nos paysans à la campagne, par les différentes hauteurs du Soleil. Le Cadran étoit horisontal, & venoit de Catane. Valére le déposa depuis sur un pié-d'estal, près de la Tribune aux Harangues. Il fit placer aussi au côté de la sale Hostilia un Tableau, où étoit peint le com bat qu'il avoit donné contre Hiéron & les Carthaginois, ce qui n'avoit point encore été pratiqué, & qui le fut depuis fort communément. Il (a) eut le surnom de Messala pour avoir délivré de danger la ville de Messine, qui apparemment, depuis le départ d'Appius Claudius, avoit été attaquée

(a) Primus ex familia Valeriorum urbis Messanæ captæ in se translato nomine Messana appellatus est, paulatimque vulgo permutante literas, Messala dictus est. Senec. de Brevit. Vit. cap. 13.

M. Valer. M. Otacil. Cons. de nouveau par les Carthaginois & par HiéAn R.489.Av. J. C.263.ron. Il fut d'abord appellé Messana, puis ce nom se changea insensiblement en celui de Messala. C'est sans doute par inadDe Brevit.Vit. 13.vertance, que Senéque a dit que ce fut la prise de Messine qui lui donna ce surnom.


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Ces deux Consuls eurent pour département la Sicile, mais on ne leur assigna en tout que deux Légions, qui parurent suf fisantes depuis l'alliance avec Hiéron; & cette diminution soulageoit beaucoup du côté des vivres.


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Aiant réuni à leurs troupes celles de leurs Alliés, ils entreprirent le siége d'une des plus fortes places de la Sicile, c'est-à- dire* Agrigente. Sa situation naturelle & ses fortifications la rendoient presque imprenable. Les Carthaginois, qui avoient prévu que les Romains, enhardis par les secours considérables qu'ils tiroient d'Hiéron, formeroient sans doute quelque importante entreprise, & qu'elle tomberoit vraisemblablement sur Agrigente, l'avoient choisie pour place d'armes, & dans cette vue l'avoient munie abondamment de tout ce qui étoit nécessaire pour faire une bonne défense. Ils avoient d'abord envoyé une partie de leurs troupes en Sardaigne, dans la vue d'empêcher ou de retarder le passage des Romains en Sicile. Voyant cette précaution inutile, ils les avoient fait revenir; & y avoient joint un grand nombre de troupes auxiliaires, tirées de la Ligurie, des Gaules, & sur-tout de l'Espagne.


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Annibal, fils de Gisgon, qui commandoit dans la place, demandoit depuis longtems des vivres & du secours, envoyant couriers sur couriers. Enfin Hannon arriva en Sicile avec cinquante mille hommes d'infanterie, six mille chevaux, & soixante éléphans. Il aborda avec ces troupes à Lilybée, d'où il passa à Héraclée. Là vinrent le trouver des habitans d'Erbesse, qui lui promirent de lui livrer la ville, par où passoient tous les convois pour les Romains. En effet il s'en rendit maitre par leur moyen. Depuis ce tems-là les assiégeans ne furent pas fatigués d'une moindre disette que celle qu'ils faisoient souffrir aux assiégés. Ils furent enfin réduits à une telle extrémité, qu'ils délibérérent plus d'une fois de lever le siége; & ils auroient été contraints de le faire, si Hiéron, en tentant toutes sortes de voies, L. Postum. Q. Mamil. Cons.An. R.490.Av. J. C.262.n'eût trouvé le moyen de leur faire passer quelques convois, ce qui les fit un peu respirer.


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Les Romains, animés par l'avantage qu'ils venoient de remporter, recommencérent à attaquer la place avec encore plus d'ardeur qu'auparavant, sans que les assiégés osassent penser à faire une seconde tentative pour bruler les machines, tant la prémiére les avoit rebutés par la perte qu'ils y avoient faite. Mais un vent très violent s'étant levé tout-à-coup, quelques troupes de soldats mercenaires le firent remarquer au Commandant, lui représentant que c'étoit une occasion tout-à-fait favo rable pour mettre le feu aux machines des assiégeans, d'autant plus que le vent donnoit de leur côté; & ils s'offrirent pour cette expédition. Leur offre fut acceptée. On leur fournit tout ce qui étoit nécessaire pour cette entreprise. En un moment le feu prit à toutes les machines, sans qu'il fût possible aux Romains d'y remédier; parce que dans cet incendie, qui étoit devenu presque général en fort peu de tems, le vent portoit dans leurs yeux les étincelles & la fumée, & les empêchoit de discerner où il faloit appliquer le secours; au-lieu que les autres voyoient clairement où ils devoient porter leurs coups, & jetter le feu. Cet accident fit perdre aux Romains l'espérance de pouvoirDiod. ibid.emporter la place de vive force. D'ailleurs P. Clodius, L. Junius, Cons. la disette de vivres, qui fut telle qu'ils seAn. R.502.Av. J. C.250. trouvérent réduits à n'avoir pour toute nourriture que de la viande de cheval, & la maladie qui en fut la suite, firent mourir en peu de tems près de dix mille hommes. Ils étoient donc résolus à renoncer absolu ment au siége. Mais Hiéron Roi de Syracuse leur aiant envoyé du blé en abondance, leur rendit le courage, & les exhorta vivement à ne pas quiter leur entreprise. Ils se contentérent donc de changer le siége en blocus, & entourant la ville par une bonne contrevallation, ils répandirent leur Armée dans tous les environs, résolus d'attendre du tems ce qu'ils se voyoient hors d'état d'exécuter par une voie plus courte.


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Rome, comblée des bienfaits d'Hiéron, pour en marquer sa reconnoissance lui remet le tribut annuel qu'il s'étoit engagé de lui payer, & lie avec lui une amitié plus étroite que jamais.


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Hie'ron, et ne porteront point les armes contreles Syracusains, ni contre leurs Allie's. Ils rendront aux Romains sans rançon tous les prisonniers qu'ilsont faits sur eux. Ilsleur payeront, dans l'espace de vingt ans, deux

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Lutatius & Valére étoient restés en Sicile, le prémier en qualité de Proconsul, l'autre contre tous les réglemens nécessai res pour y établir un bon ordre, & fixérent les droits & les tributs que chaque ville devoit payer à la République. Ils s'appliquérent sur-tout à écarter toute cause & toute occasion de trouble & de remuement. Pour cela ils ôtérent les armes à ceux des Siciliens qui s'étoient déclarés pour Amil car, & ils ordonnérent aux Gaulois qui avoient quité le parti du même Amilcar pendant qu'ils étoient en garnison sur le Mont Eryx, pour embrasser celui des Romains, de sortir de l'Ile & d'aller s'établir ailleurs, leur fournissant pour cet effet les vaisseaux qui leur étoient nécessaires. Ils prirent pour prétexte de cet ordre, qui devoit leur paroître fort dur, le crime qu'ils avoient commis en pillant le Temple de Q. Lutat. A. Manlius, Cons.An. R.511.Av. J. C.241.Vénus bâti sur le Mont Eryx: crime qui les avoit rendu odieux à toute l'Ile. Depuis ce tems-là, la partie de la Sicile qui avoit obéi aux Carthaginois, devint province du peuple Romain. Le reste de l'Ile formoit le Royaume d'Hiéron. Après que tout eut été réglé, Lutatius & Valére retournérent à Rome. Le triomphe fut décerné à Lutatius. Pour lors Valére ayant représenté qu'il avoit contribué également à l'heureux succès des armes Romaines, ajouta qu'il paroissoit juste qu'ayant partagé avec Lutatius les soins & les dangers du combat, il en partageât aussi avec lui l'honneur & la récompense. Ce qui rendoit la cause du Préteur encore plus favorable, & ce qu'il ne manqua pas de faire valoir, c'est que dans la bataille, le Consul, qui n'étoit pas encore bien guéri de sa blessure, n'avoit pas pu agir; de sorte que Valére avoit fait les fonctions de Général dans cette action. Lutatius s'opposa à sa demande comme insolite & injuste, prétendant qu'il étoit contre l'usage & contre les Loix d'égaler, dans la distribution des honneurs, deux puissances, dont l'une étoit inférieure & subordonnée à l'autre. La dispute s'échaufant des deux côtés, ils convinrent de prendre pour arbi tre Atilius Calatinus, qui, sur le titre de supériorité de pouvoir dans Lutatius que son adversaire ne pouvoit pas lui contester, donna gain de cause au prémier. Q. Lutat. A. Manlius, Cons. Malgré ce jugement, comme Valére avoitAn. R.511.Av. J. C.241. fait paroître dans cette guerre un mérite singulier, l'honneur du triomphe lui fut aussi accordé.


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Joie de la paix avec Carthage troublée par le débordement du Tibre, & par un grand incendie. Dénombrement. Deux nouvelles Tribus. Livius Andronicus. Jeux Floraux. Guerres contre les Liguriens & contre les Gaulois. Révolte des Mercenaires contre les Carthaginois. La Sardaigne enlevée aux Carthaginois par les Romains. Ambassadeurs envoyés au Roi d'Egypte. Arrivée d'Hiéron à Rome. Jeux Séculaires. Expéditions contre les Boyens & contre les Corses. Mort d'un Censeur. Rome confirme la paix accordée aux Carthaginois. La Sardaigne subjuguée. Réflexions sur les guerres continuelles des Romains Vestale condannée. Dé- nombrement. Le Poëte Nœvius. Brouilleries entre les Romains & les Carthagi

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Dans l'extrême danger où ceux-ci sePolyb. I. 84. trouvoient, ils furent obligés d'avoir re cours à leurs Alliés. Hiéron, qui pendant cette guerre en considéroit les événemens avec une grande attention, avoit accordé aux Carthaginois tout ce qu'ils demandoient de lui. Il redoubla ses soins, quand il vit les rapides progrès des Etrangers, sentant bien qu'il étoit de son intérêt que les Carthaginois ne fussent pas écrasés, de peur que la puissance des Romains n'aiant plus de

(a) Ces peuples s'étendoient au midi de l'Apennin jusqu'au fleuve Arno.

Ti. Sempron. P. Valer. Cons.An. R.514.Av J. C.238.contrepoids, ne lui devînt trop redoutable à lui-même. En quoi, dit Polybe, on doit remarquer sa sagesse & sa prudence. Car c'est une maxime qui n'est pas à négliger, de ne pas laisser croître une puissance jusqu'au point, qu'on ne lui puisse contester les choses même qui nous appartiennent de droit.


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On eut une grande joie à Rome d'y voir arriver Hiéron Roi de Sicile, Prince qui étoit attaché à la République par les liens d'une amitié sincére & d'une fidélité invio lable. Eutrope dit qu'il étoit venu à RomeJeux Séculaires.pour assister aux Jeux Séculaires, qui réellement, selon quelques Auteurs, devoient se célébrer pour la troisiéme fois l'année suivante, & aux préparatifs desquels on travailloit dès lors. Pour faire régner l'abondance à Rome dans un tems où il devoit s'y trouver un grand concours de peuples, ce généreux Prince fit présent au Peuple Romain de deux cens mille boisseaux de blé. J'en expliquerai en peu de mots les cérémonies, à la fin de ce paragraphe.